Avis du Conseil constitutionnel. CEDH protocole n° 16. Etrangeté ?

Un communiqué du Conseil constitutionnel daté de ce jour indique que le gouvernement l’a consulté pour avis sur la ratification du protocole n°16 à la ConvEDH. Ce protocole prévoit la possibilité pour les plus hautes juridictions des Etats parties, d’adresser des demandes d’avis consultatif à la Cour sur des questions de principe relatives à l’interprétation ou à l’application des droits et libertés définis par la Convention ou ses protocoles.

Le Conseil indique donc que  » le Gouvernement a souhaité s’en remettre sur ce point à l’avis du Conseil constitutionnel. Celui-ci a donné un avis favorable. » Que le gouvernement sollicite l’avis du Conseil constitutionnel dès lors que celui-ci est concerné (comme juge électoral) est parfaitement compréhensible. Cela étant, le Conseil constitutionnel depuis 1959 ne cesse de répéter qu’il exerce une compétence d’attribution et qu’en dehors des textes qui régissent l’ouverture de son office, il ne peut que décliner sa compétence. En l’occurrence, aucune disposition constitutionnelle ni aucune disposition organique relative au Conseil constitutionnel  qui, au passage se qualifie lui-même de  » haute juridiction nationale « , ne prévoit une saisine pour avis sur un traité international. A l’heure actuelle, l’avis du Conseil est requis par le chef de l’État sur la mise en œuvre de l’article 16 de la Constitution et ultérieurement sur les décisions prises dans ce cadre. Il vérifie si les conditions de mise en œuvre sont toujours réunies soit à la demande d’un président d’assemblée ou 60 députés ou 60 sénateurs au bout de 30 jours, soit de plein droit au bout de 60 jours et à tout moment au-delà de cette durée (depuis la révision de 2008). Par ailleurs, le Gouvernement consulte le Conseil sur les textes relatifs à l’organisation du scrutin pour l’élection du Président de la République et le référendum. Le Conseil formule également des observations sur les élections parlementaires et présidentielle passées ainsi que sur les prochaines échéances électorales, afin de proposer aux pouvoirs publics toutes mesures susceptibles d’améliorer le déroulement de ces élections.

Cet avis mérite d’être précisé.

Le communiqué :

A l’occasion de sa visite du 31 octobre 2017 à la Cour européenne des droits de l’homme, le Président de la République avait annoncé son intention de déposer sur le bureau du Parlement un projet de loi autorisant la ratification du protocole n°16 à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, prévoyant la mise en place d’un mécanisme facultatif de consultation, pour avis, de la Cour européenne des droits de l’homme par de « hautes juridictions nationales ».

Comme l’indique le dossier du projet de loi qui a été soumis ce jour à la délibération du conseil des ministres, il est envisagé que, lors du dépôt des instruments de ratification de ce protocole, le Conseil constitutionnel soit désigné comme l’une des hautes juridictions susceptibles de saisir pour avis la Cour. Le Gouvernement a souhaité s’en remettre sur ce point à l’avis du Conseil constitutionnel. Celui-ci a donné un avis favorable.

Le Conseil constitutionnel ne juge du respect de certaines stipulations de la Convention européenne que pour une part de son rôle juridictionnel, à savoir le contentieux des élections législatives et sénatoriales. Dans le contrôle de la constitutionnalité des lois qu’il effectue sur le fondement des articles 61 et 61-1 de la Constitution, il ne procède pas au contrôle de la « conventionnalité » de la loi. Cette situation n’est pas remise en cause par la possibilité qu’il aura de saisir pour avis la Cour de Strasbourg sur le fondement du protocole n° 16 à la Convention européenne.

En revanche, cette faculté de saisine illustre l’intérêt des échanges entre les plus hautes juridictions à l’échelle internationale, et en particulier à l’échelle européenne. Le contrôle de constitutionnalité dont le Conseil constitutionnel a la charge pouvant soulever des questions parfois proches de celles du contrôle de conventionnalité, l’avis à caractère facultatif que le Conseil constitutionnel fera le choix de demander, le cas échéant, à la Cour de Strasbourg pourra constituer un élément de contexte utile au jugement de certaines de ces questions.

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