Rejet des partis politiques. Discutons des modes de scrutin.

Le rejet par les français des formations politiques n’est pas nouveau. Un sondage IFOP publié dans le Journal du dimanche du 31 août révèle en effet une image désastreuse des partis. Plus des deux-tiers des français jugent très négativement les partis de gouvernement (PS et UMP), le FN n’échappant pas à ce marasme. Ce constat peu reluisant et inquiétant vaut aussi, faut-il le rappeler, pour les syndicats de salariés.

Si le problème n’est pas nouveau, plusieurs facteurs peuvent être mobilisés pour expliquer cette crise de perception des partis par les français. Il y en a un, toutefois, rarement évoqué pour ne pas dire jamais, qui participe à cette défiance qui nourrit plus que jamais l’abstentionnisme : les modes de scrutin.

On s’est habitué depuis les années 1980 à la diversification des offres politiques. La nature proportionnelle totale ou partielle des élections locales (hors élections cantonales jusqu’à aujourd’hui) a permis l’éclosion de nouvelles formations politiques. On peut s’en réjouir, le citoyen pouvant choisir entre différents programmes et candidats. Mais on voit bien que la diversité des offres politiques n’est absolument pas un remède à la désaffection des urnes par une partie grandissante de l’électorat. En revanche, la proportionnalisation des scrutins a considérablement affaibli les partis de gouvernement et a même suscité en son sein les velléités autonomistes ou séparatistes. Ce n’est pas nouveau. C’est le mouvement qui s’est amplifié. Sans y prêter attention, les comportements électoraux constatés au plan local ont progressivement détruit les scrutins nationaux et principalement le scrutin législatif. Non seulement le mode de scrutin majoritaire à deux tours exclut de fait de la représentation nationale toutes les formations isolées (FN) mais encore oblige les partis de gouvernement à négocier des places, sous forme d’alliance, pour celles et ceux qui appartiennent à des partis minoritaires mais qui ont une audience locale reconnue. De la sorte on a introduit le ver dans le fruit en ouvrant la voie aux marchandages, aux alliances électorales qui, majoritaires, sont confrontées à des difficultés réelles pour gouverner. La « crise » actuelle le montre à dessein.

Une question qui mériterait d’être débattue serait celle du mode de scrutin législatif. Ne conviendrait-il pas de retenir le scrutin majoritaire à un tour ce qui obligerait les formations politiques principales à s’accorder avant d’affronter les électeurs (lequel est parfois prisonnier des accords du second tour) et permettrait certainement aussi à des formations politiques représentatives assurément d’envoyer des députés à l’Assemblée nationale sans pouvoir crier au complot de l’Etat UMPS… Un équilibre s’établirait entre une Assemblée nationale composée d’une majorité claire et cohérente, indispensable pour soutenir un gouvernement porté à la réforme, et un Sénat représentatif de la diversité politique au niveau des collectivités territoriales. Aujourd’hui, mais le sait-on, la moitié des sénateurs sont élus à la représentation proportionnelle ce qui permet, par exemple, aux écologistes d’y être représentés en raison de leur percée renouvelée aux élections locales (et prochainement peut-être des élus du Front national). L’absence d’une majorité soudée au Sénat (dite de gauche mais qui refuse de voter les textes financiers !) est l’une des conséquences (sans être La conséquence) du mode de scrutin sénatorial. Veut-on pareille solution à l’Assemblée par la proportionnalisation partielle de l’élection des députés ?

Bien au contraire, le scrutin majoritaire à deux tours ayant été dénaturé par les conséquences des modes de scrutins locaux, l’heure du scrutin législatif à un tour (contrebalancé par les effets du scrutin sénatorial) est peut-être venue. On entend d’ici les cris de ceux qui dénonceront l’absence de représentativité des députés. Mais au Canada, en Inde, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… la démocratie est-elle moins assurée qu’en France ?

Le scrutin majoritaire à un tour pour les seules élections législatives permettrait de dégager une majorité claire et non une majorité d’alliance, fragile et incohérente, affaiblissant de la sorte tout le système institutionnel. Aux formations politiques de faire la preuve de leur leadership sur un territoire. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, si les Verts s’estiment si représentatifs des français, ils ne devraient pas craindre de terminer en tête d’une élection législative. Or, c’est assez topique, dès lors qu’est organisée une proportionnelle au niveau national (premier tour de l’élection présidentielle), les écologistes pèsent bien peu. Ils n’existent que par le jeu des alliances avec le Parti socialiste et de ses électeurs. Autre avantage de ce scrutin à terme : simplifier l’offre électorale nationale et donc rendre plus compréhensible pour les citoyens les programmes politiques et les différences existantes entre les formations, une bonne recette pour combattre celles et ceux qui ne cessent de proclamer haut et fort que l’UMP et le PS ce sont les deux faces d’une même pièce….

« Un mode de scrutin fait ou tue la démocratie » (Michel Debré). Ne confondons pas le niveau national et le niveau local. L’efficacité de l’Etat peut se concilier avec la diversité politique de ses territoires qui répondent à des préoccupations particulières.

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